Mise en examen du doyen des Juges dinstruction de Nice
PARIS (Reuters) - Le doyen des juges dinstruction de Nice, Jean-Paul Renard, a été mis en examen vendredi pour « faux, usage de faux et violation du secret professionnel » par son collègue parisien Jean-Baptiste Parlos.
Le juge Renard est soupçonné davoir frauduleusement consulté le fichier national du casier judiciaire en 1998 et 1999 pour vérifier le « profil » de candidats à lobédience maçonnique à laquelle il appartenait, la Grande Loge nationale de France (GLNF).
Lengagement de poursuites pénales contre un juge dinstruction est rarissime. Le magistrat niçois pourra cependant continuer à exercer son métier malgré ces poursuites, le juge Parlos ne layant pas soumis à un contrôle judiciaire.
Une éventuelle suspension relève en effet du Conseil supérieur de la magistrature. Ce dernier a repoussé le 29 juin une requête en ce sens que lui avait adressée le ministère de la Justice.
Le Syndicat de la magistrature avait alors dénoncé cette décision. « Alors que la magistrature française subit les attaques les plus virulentes sur sa légitimité et son indépendance, le CSM a choisi les interprétations juridiques les plus pusillanimes pour défendre une conception corporatiste et opaque du fonctionnement de la magistrature », disait-il.
Le 8 juin, le procureur de Nice, Éric de Montgolfier, avait ouvert une information judiciaire contre le juge Renard, pour « détournement dinformations nominatives ». La procédure avait ensuite été transmise à Paris pour y être instruite.
Le juge Parlos a décidé de modifier lincrimination initiale pour retenir celle de « violation du secret professionnel », pour des raisons techniques.
« Maçonnerie daffaires »Dès son arrivée sur la Côte dAzur, le procureur de Montgolfier avait dénoncé ce quil appelle « la maçonnerie daffaires ». Le juge Renard se voit de longue date reprocher par des avocats de réserver un traitement favorable aux dossiers où sont impliqués des francs-maçons, ce quil nie catégoriquement.
Au Palais de justice de Nice, des magistrats et des avocats solidaires du juge Renard ont refusé de commenter cette mise en examen. Certains ont simplement laissé entendre quelle était dans lordre logique de la procédure déclenchée par le procureur de Montgolfier.
Silence également de la part de lavocat du juge Renard, Me Michel Cardix, qui appartenait à la même loge maçonnique.
Mais Me Christian Boitel, lun des premiers à dénoncer des dysfonctionnements au tribunal de Nice dans les années 90, a dit, lui, sa satisfaction.
« Cette mise en examen est un signe très fort qui veut dire que désormais les magistrats qui franchissent la ligne jaune ne peuvent plus utiliser à des fins personnelles, par copinage, pour services rendus, linstitution judiciaire », a-t-il dit.
« Laffaire Renard est une espèce de ticket dentrée symbolique qui va nous permettre daller plus loin dans le ménage entrepris par ceux qui ont décidé de réagir, dont le procureur Éric de Montgolfier. »
« Aujourdhui, à Nice, les magouilles, le clientélisme, les dossiers égarés ou étouffés, le système mafieux, cest terminé », a estimé Me Boitel.
Lhiver dernier, les dirigeants nationaux de la GLNF ont décidé de lancer une « opération mains propres » dans leurs rangs. A la suite de cette décision, deux cadres de la section Alpes-Méditerranée de cette obédience ont été radiés et poursuivis par la justice.
Lun deux, Alain Bartoli, fonctionnaire de la police des frontières, sest servi dun fichier de police pour renseigner sa hiérarchie maçonnique sur des candidats désireux dintégrer la GLNF.
Le juge parisien Parlos est déjà chargé dun autre dossier qui implique des magistrats du sud de la France.
Il a ainsi mis en examen en octobre 2000 lancien président du tribunal de Digne (Alpes-de-Haute-Provence), Hugues Vérita, pour « prise illégale dintérêts ». Ce magistrat est soupçonné davoir profité de sa fonction au bénéfice dentreprises privées. Le juge Parlos a mené une perquisition au ministère de la Justice le 31 mai dernier dans le cadre de cette affaire.