Les ordinateurs des Impôts en pleine folie
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Page daccueil www.georezo.net/pan/index.html Fichiers pdf de nouvelles www.georezo.net/pan/pdf.html canard@paris.com Des dizaines de milliers de contribuables taxés à tort, des redressements envolés, la prime pour lemploi amputée ou versée deux fois. Et 400 000 feuilles dimpôt bloquées.
« Le fisc est décidément fâché avec ses ordinateurs. Reçue il y a quelques semaines par une vingtaine de milliers de contribuables, la feuille dimpôt du voisin » apparaît, avec le recul, comme un aimable hors-duvre. « Depuis un an, les problèmes ne cessent pas. Tous les types dimpôts sont concernés. On na jamais vu ça », confie un dirigeant du Syndicat national unifié des impôts. Et cela ne lamuse pas vraiment.
Explication : la Direction générale des impôts (qui calcule le montant des impôts) et la Comptabilité publique (qui les recouvre) ont chacune leur fichier et leur système informatique « Iliade » (sic) pour la première, « Médoc » pour la seconde.
En 1998, Christian Sautter avait essayé de fusionner les deux administrations. Il sy était si bien pris quil avait déclenché une vague de grèves et dû démissionner après avoir abandonné la réforme. Instruit par lexpérience, Bercy avance aujourdhui sur des ufs, vers le « compte fiscal unique », qui permettrait à tous les services de Bercy de travailler sur le même système informatique et les mêmes fichiers. Selon le ministère, la mise en place du nouveau dispositif prendra une dizaine dannées (on nest jamais trop prudent) et coûtera 8 milliards au bas mot. Et les premiers essais de recoupement des deux fichiers laissent parfois à désirer.
Les cafouillages ont pris de lampleur lors de la création, au printemps, de la prime pour lemploi (PPE), laquelle a nécessité de réimprimer à la dernière minute des feuilles de déclaration de revenus. Puis il a fallu expliquer cette disposition nouvelle, car personne ny comprenait rien. Les logiciels ne sont pas les seuls à craquer: devant le surcroît de travail, les fonctionnaires de plusieurs des sept centres informatiques du fisc se sont mis en grève, comme à Strasbourg à la fin de 2000, ajoutant encore à la pagaille. Florilège de quelques dysfonctionnements qui, assure-t-on à Bercy, seront réglés à la fin du mois et « ne donneront lieu à aucune pénalité ». Ils sont trop bons.
La prime pour lemploi bégaieCest une employée des Chèques postaux du Rhône, mariée à un chef de service des Impôts, qui a découvert le pot aux roses. A quelques jours dintervalle, le même contribuable sest présenté deux fois pour déposer son chèque de prime pour lemploi. A Bercy, on ne sait pas sil sagit dun cas isolé ou si lordinateur a beaucoup bégayé.
Inversement, un certain nombre de ménages dont un seul des conjoints travaille nont pas touché la majoration denviron 500 F prévue par la loi. Le système informatique est en effet incapable didentifier ces couples monoactifs. « Un contribuable qui nest pas expert en calcul ne saperçoit pas que son bonus a été sucré. » Seule solution pour prévenir les intéressés : reprendre, à la main, toutes les déclarations de revenus.
Impôt sur le revenu à rallongeSelon le ministère du Budget, quelque 400 000 avis dimposition prêts à partir ont été bloqués à La Poste, le temps de vérifier sils ne contenaient pas derreurs. Gênant quand on sait que la date limite de paiement était-fixée au 17 septembre.
A titre de compensation sans doute, plusieurs dizaines de milliers de contribuables (dont 8 000 dans la seule région Provence Alpes-Côte dAzur) ont reçu deux fois le même avis dimposition à quelques semaines dintervalle, y compris lorsquils sétaient déjà acquittés de leur dû.
Dautres ont reçu une lettre dexcuse de leur trésorier qui leur demandait de calculer eux-mêmes le solde de leur impôt sur le revenu, ladministration nayant pu le faire « en raison de difficultés techniques ».
Environ 40 000 contribuables ont reçu des avis dimposition dans lesquels le solde à payer en fin dannée était supérieur, malgré les acomptes déjà versés, àla totalité de limpôt. Pas étonnant: cette somme due au fisc a été additionnée à celle dun autre contribuable. Déjà, dans le Loiret, un gros millier de contribuables avait reçu, il y a un an, un curieux avis de solde dimpôt: total des versements déjà effectués et ce qui restait à payer avaient été inversés. Un incident parmi dautres, qui avait conduit Fabius à remettre à plus tard le lancement de la déclaration express simplifiée.
Du même acabit: un grand nombre de contribuables qui avaient déménagé en cours dannée se sont vu réclamer le paiement des tiers provisionnels déjà acquittés. Linformatique navait pas pris en compte leurs changements dadresse, pourtant signalés, et parfois par lettre recommandée.
Mais il ny a pas que des mauvaises nouvelles. Ainsi, dans le Rhône, au moins 660 contribuables ont purement et simplement disparu des rôles du fisc. Ils nont donc pas reçu de feuilles dimpôt. De même, des milliers davis de redressement nont pu être édités par une administration débordée. Les dates limites de majoration ont ainsi été allégrement dépassées.
Impôts locaux à tout vaLes impôts locaux (recouvrés par Bercy) ne sont pas en reste. Un syndicaliste du Trésor a eu la surprise de recevoir, il y a quelques semaines, un avis de taxe fonciere (payée par les propriétaires), alors quil est locataire ! Dans le Val-dOise, selon Le Parisien (24/9), de nombreux contribuables mensualisés se sont vu réclamer, en plus, lintégralité de cette taxe.
A Paris, une femme hébergée à titre gratuit pendant quelques mois dans lappartement de son beau-père a reçu un avis comminatoire davoir à payer sous quelques jours la taxe dhabitation (déjà réglée par le propriétaire), majorée de 10 %, faute de quoi son compte bancaire serait automatiquement ponctionné. « On ne comprend pas ce qui sest passé », lui a-t-on benoîtement expliqué à son centre des impôts.
En Ile-et-Vilaine, quelquun sest vu réclamer les taxes dhabitation déjà acquittées sur ses résidences principale et secondaire. Motif : une virgule sétant glissée entre son nom et son prénom, lordinateur a décidé que ce contribuable inconnu navait encore rien réglé aux impôts. Comme quoi, pour vivre heureux, il ne faut pas trop se cacher du fisc.
Hervé Martin
Le Canard Enchaîné
26 septembre 2001