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ATTENTION DANGER :
L’EUROPE VEUT ESPIONNER LES CITOYENS

Cédant à l’insistante pression des gouvernements de l’Union, le Parlement européen a voté le 31 mai une directive donnant une idée de l’étendue des dangers qui commencent à peser sur les libertés publiques sous couvert des luttes à mener contre le terrorisme, le crime et autres « insécurités ». Raccrochée à un projet débattu de longue date sur la protection du consommateur dans le cyber-espace (et la lutte contre le « spam »), la mesure vise à imposer aux opérateurs de téléphonie mobile et aux fournisseurs d’accès Internet une conservation, sur plusieurs années, de toutes les données relatives à leurs clients. Ainsi, les e-mails échangés, les sites visités et les comportements sur le Net, les traces des conversations téléphoniques pourront être mis à la disposition des autorités policières et judiciaires lorsque celles-ci l’exigeront. Alors que, depuis 1997, cette « rétention de données » n’était imposée aux opérateurs que le temps raisonnable nécessaire à la facturation, l’Europe vote aujourd’hui Big Brother.

La mesure a été accueillie dans l’indifférence par les médias français à de rares exceptions près et par le silence total des dirigeants politiques accaparés par une campagne électorale où l’on aurait pu au contraire débattre largement d’une mesure aussi radicalement attentoire aux libertés. Les gouvernements et les polices auront donc à leur disposition le contenu des correspondances échangées sur le Net, le détail des pratiques des internautes (sites visités, transactions commerciales), la liste des coups de téléphone et même – puisque la technologie du mobile le permet – les itinéraires physiques des citoyens européens. Si l’on voulait transposer la mesure au monde « physique », cette directive équivaudrait à obliger La Poste à conserver copie de chaque lettre qu’elle transporte, avec indication de l’envoyeur et du destinataire. Au cas où la police, un jour, en aurait besoin.

Les fournisseurs d’accès et les opérateurs de téléphonie mobile étaient trop occupés à leur lobbying sur la partie « commerciale » du texte pour objecter à son volet sécuritaire. Et le contexte ne pousse pas, dans les partis politiques, à la défense désuète de libertés publiques contre les abus du fichage généralisé. Les défenseurs du texte font valoir que les autorités policières ne pourront accéder aux fichiers ainsi conservés que sur commission rogatoire, comme auparavant. Comme s’il s’agissait là d’une concession majeure.

Politiquement, la mesure surfe aussi sur la vague de sourde méfiance vis-à-vis du Net, au motif que les mafias du monde ou le réseau Al Qaida auraient appris à s’en servir. S’ouvre désormais une période où les gouvernements nationaux vont devoir adapter la directive à leurs propres pays. Il n’est donc peut-être pas encore trop tard pour tenter d’en limiter les dégâts.

« L’Europe vote Big Brother »
Par Pierre Briançon, journaliste.



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